J'étais parti pour écrire une belle histoire, un roman d'amour à l'eau de rose, mais à force d'attendre, la rose à tarit et puis c'est devenu de l'eau croupie. Salie. Alors je vais juste écrire mes pensées au gré d'une heure ou deux de cours de Français.
Franchement, je me fais chier ici... Dans cette salle de cours avec un tableau trop blanc, des élèves trop cons et un prof trop mal rasé. Je me rais chier dans ce bahut, celui dans lequel l'année prochaine, je passerai (peut-être) dans la classe supérieure avec l'option Arts-Plastiques à découper des photos et à les coller sur un poteau au milieu de la cour dont tout le monde se fout royalement. Je me fais chier dans cette famille trop parfaite ou tout le monde rit et la drogue c'est proscrit. Bref tout est bon dans cette ville pour me faire trimer, je ne m'en plaint pas, ma vie n'est pas si terrible, j'ai une relation de couple relativement stable, une famille qui m'aime et des notes de merde pour m'empêcher de sortir le samedi soir.
Je suis seul dans mon lit, je dais que minuit sont passées et je continue à écrire des textes bidons à accent révolté comme ceux d'un gamin marginal trop énervé qui n'aime rien !
Difficile de reprendre après une phrase pareille, comme un oisillon tombé du nid et qui ne sait plus comment remonter... quand il n'est pas déjà mort. Mais mon "argumentation" n'est pas morte !
Je me lève le matin et je bois un café avec une petite pilule beige, une "super vitamine". Quand d'autres au même moment fouillent les poubelles des bidonvilles de Rio en quête d'un BigMac à moitié moisi.
Je suis le Christ. Evidement non, et pourquoi pas, si chacun déifiait sa propre personne on trouverait peut-être enfin le bonheur, le vrai ! Le Nirvana intellectuel, le plaisir sentimental au présent, la vie rêvée des anges... Mais tout ça nous mènera à marcher la nuit sur des trottoirs à trainer dans le noir. Et puis que peut-on faire pour trouver le bonheur dans une vie ou on traine dans le noir ? Alcool, héroïne, médocs, CC, extasy, morphine, PCP, protoxyde d'azote, hélium... Je ne pense pas, car un coup passé le stade de l'illusion et de l'évadement des premières doses, on finit accro après une prise régulière ! Merde, je me mets à parler comme un médecin...
Tout ceci n'est pas d'un intérêt habituel commun, d'ailleurs à quoi bon continuer puisqu'on finira tous à baver la nuit sur des comptoirs à trainer dans le noir. Bon, à part ça, berça par Saez et la musique-bruyante-qui-éclate-les-oreilles-à-tout-le-monde, je conduis lentement mon esprit vers l'apogée de la culture... J'ai encore du chemin à faire avant d'y arriver mais bon voila, il faut bien des buts dans la vie.
Ainsi va la vie, et le reste aussi ! Je suis engagé auprès d'un syndicat lycéen, je distribue des tracts tous les mardis matins depuis deux semaines, ado désordonné, qui ne range pas la piaule dans laquelle il couche, etc... Enfin du banal sur du banal avec un peu d'originalité par-ci par-là.
J'ai plus rien à écrire alors je m'arrête là, avec dans la tête l'image d'un joli coeur rouge vif sur un fond blanc carrelé, sali de fluides... étranges ! Tiens, si en fait je continue, ça vous fait penser à quoi 'fluides étranges" ? Du sperme ? Mouais bon admettons, le fait d'avaler du sperme n'implique absolument pas d'être enceinte (pour les filles bien entendu), pour les mecs aussi de toute façon, c'est impossible... Mais quel monologue stupide, c'est incohérent.
En fait, e fait de me faire chier m'impose d'écrire un ramassis de conneries insensées sur un prof mal rasé qui ne sort pas le samedi soir, qui ne range pas sa chambre et qui est plein de sperme ! Ah, je me suis mélangé dans ma dissert'... Oui, parce que j'ai oublié de préciser, ceci est mon texte de dissertation. Sujet : argumentation, et ce n'est pas mon brouillon ! Je suis un tout petit peu dans la merde parce que je n'ai plus que 25 minutes pour tout faire... J'ai plus de feuilles ! Tant pis pour l'argumentation, je rangerais ce torchon dans mon sac et puis je rendrais copie blanche.
Aujourd'hui je porte un haut féminin rayé rouge et noir délavé, un futal noir plein de clous et de décos en ferraille tenu par une ceinture cloutée, soutenu par des compensées avec 7cm de semelle. J'ai un collier, qui représente une tête de mort et un grelot attaché à un cordon... J'ai aussi quelques atebas dans les cheveux !
Et voila, le DS de Français est fini et je quitte la salle.